Tongariro Alpine Crossing : Joueur 2 c’est parti !

Bien qu’un peu effrayante au premier abord, l’Alpine Crossing ne devient que plus intéressante et attirante à mesure que l’on se renseigne sur cette fameuse randonnée de 19km, et 7h de marche en moyenne.

Tongariro-Alpine_Crossing-Cross-Section-Large

Après s’être assurés que l’on disposait du matériel adéquat et que nous pouvions prétendre à cette rando avec notre condition physique du moment, nous avons pris la direction du Tongariro National Park pour (tenter de) venir à bout de l’Alpine Crossing, circuit très réputé en Nouvelle Zélande.

A partir de la ville de Waioru, c’est la « Desert Road » qui nous conduit au Tongariro. C’est dans ce désert de Rangipo qu’on été tournées de nombreuses scènes du film Le Seigneur des Anneaux et on comprend pourquoi. Pendant 30 km, nous avançons au milieu d’une étendue d’une aridité surprenante pour ce pays, avec pour horizon 3 volcans, dont certains sont encore enneigés. Rien que pour le spectacle lunaire de cette route, nous savons que nous avons eu raison de venir jusqu’ici.

Une fois n’est pas coutume, nous avons prévu de nous séparer pour pouvoir faire cette activité. Hier c’est Aude qui a bravé l’Alpine Crossing, et aujourd’hui c’est à moi de relever le défi pendant qu’elle s’occupera des filles. Cette organisation présente un double avantage. Elle nous permet de réaliser une activité hors norme que nous ne pourrions faire avec les filles, mais cela permet aussi de bénéficier d’un chauffeur à l’arrivée car le circuit de 19km ne fait pas une boucle !

Je n’ai pratiquement vu aucune photo du Tongariro ni du fameux « Red Crater » au sommet duquel passe le trek, et lorsque Aude me partage ses sensations, je m’abstiens de regarder ses clichés pour comparer moi-même ma représentation des panoramas avec la réalité.

Après une bonne nuit de sommeil, nous nous garons au parking de la balade. J’ai hâte de partir, de mettre mon chrono en marche, de découvrir ce que l’on voit au sommet.

Aude propose de commencer la balade avec les filles et moi car le début est plat… Seulement, au bout d’une heure nous n’avons même pas parcouru 3 kilomètres. Les filles s’arrêtent constamment pour ramasser des pierres volcaniques et on ne fait que de leur demander d’avancer. Aujourd’hui je n’ai aucune patience pour ça. Je m’étais préparé à faire le trek en solitaire, à découvrir le circuit à mon rythme, et je me retrouve en déphasage complet avec cette balade familiale. Je décide alors de continuer seul et de laisser Aude suivre le rythme des filles.

Quelques minutes plus tard, un long chemin de bois enjambe un calme petit ruisseau traversant la plaine menant au pied du volcan. C’est pour moi le vrai départ de mon aventure. Je ne savais pas expliquer ce qui me motivais à faire le trek jusqu’à cet instant précis où je me suis dit « c’est ça que tu es venu chercher : un défi à relever seul, se perdre le temps d’une journée pour s’imprégner de ces paysages incroyables« .

Le temps aujourd’hui est splendide, je dois aussi m’appliquer pour rapporter de belles photos.

Après ce début sans difficulté, le chemin attaque le flanc de la montagne et on grimpe sans interruption pendant une bonne heure au milieu d’une multitudes de rochers volcaniques noirs et rouges nous rappelant sans cesse de quoi est capable ce volcan.

Cette première montée me semble longue pour plusieurs raisons. D’abord il faut trouver son rythme, car c’est raide. Mais avec la hauteur, on bénéficie d’une vue impressionnante sur le chemin parcouru dans la plaine et au milieu du champ de lave. Je m’arrête donc souvent pour prendre des photos, ou faire des petits films et j’ai eu du mal à trouver le meilleur moyen de faire tenir tout mon équipement sans que ça ne me gêne trop pendant la marche.

Un peu avant l’arrivée au niveau du cratère sud, un panneau représente les tracés des précédentes coulées de lave et m’informe que je me trouve en bordure de la précédente coulée. Mais ce panneau apporte une autre information très pertinente : « que faire en cas d’éruption ?« . Cela fait 2h que je marche pour arriver ici à mi-hauteur du volcan, et un panneau m’indique qu’en cas de danger, la meilleure chose à faire est de courir loin du volcan ! Merci du conseil.

Arrivé au cratère sud, la piste traverse une grande plaine, très reposante. C’est à l’entrée de cette plaine que je croise les premiers randonneurs en train de manger. Je suis tellement absorbé par la beauté des lieux et trop content de voir du plat que je préfère continuer.

Je m’arrête en chemin quand j’aperçois que des fumerolles montent du sol partout autour moi. Rapidement, je ne distingue plus les randonneurs qui venaient de me dépasser. Ce serait moins inquiétant si je ne me trouvais pas au beau milieu d’un ancien cratère.
Mais en regardant mieux, ces fumées ne viennent pas du sol, elles avancent. C’est seulement un nuage qui glisse sur le sol. Me voilà rassuré sur l’origine des « fumerolles », je termine rapidement la traversée poussé par le vent qui souffle assez fort par ici.

Commence alors l’ascension du « Red Crater ». Aude me l’a décrit comme une épreuve terrible. La piste recommence à grimper très fort avec un revêtement un peu plus glissant. Le rythme cardiaque accélère rapidement. Le vent devient vraiment très fort, et ne voyant pas la fin de la montée, je me dis qu’il vaut mieux que je me trouve un endroit pour manger avant d’attaquer le reste de la montée car plus je monte, moins il y a de rochers susceptibles de m’abriter du vent.

Après avoir repris des forces, pensant être seul, je me mets à crier et à courir pour prendre de l’élan et monter le premier mur devant moi. Arrivé presque en haut, je croise le regard ahuri d’un randonneur qui descend. Je pense qu’il m’a pris pour un dingue et qu’il s’est imaginé que je courais comme ça depuis le début de la balade.

La montée vers le cratère m’ouvre le panorama qui se cachait de l’autre côté du volcan. On voit tellement loin ! C’est magnifique et cela fait oublier un peu l’effort à produire pour monter. Et puis tout à coup, un sommet se dévoile devant moi. La couleur ne permet aucun doute : c’est bien le « Red Crater » qui se dresse devant moi. La piste serpente vers son sommet et je monte comme hypnotisé par la couleur de la pierre et l’envie de connaître la sensation de se trouver au bord du gouffre.

Le cratère est tout simplement remarquable ! La couleur diabolique et ses contours carbonisés sont très impressionnants. Je peine à imaginer l’ampleur des forces qui ont pu engendrer un tel paysage.

Après avoir photographié le cratère sous tous les angles, je me dirige vers l’autre versant pour amorcer la descente. Aude a tellement peiné sur cette portion que j’appréhende un peu le chemin que je vais trouver.
Mais c’est à ce moment précis que se découvrent en contrebas, les célèbres « lacs émeraudes ». La couleur éclatante de ces lacs est surréaliste au milieu de ce panorama de désert volcanique.

Finalement, la descente se fait en quelques minutes. Le sol ici est complètement sablonneux. On manque se casser la figure à chaque pas. Il faut se lancer et se laisser glisser à chaque pas comme on le ferait dans des dunes de sable. En quelques minutes, me voilà passé d’un cratère noir et rouge comme les enfers, à un lac orange et émeraude presque fluo.

On pourrait passer des heures à photographier ces lacs sous toutes les coutures sans se lasser tellement le décor est insolite et sublime. Mais l’heure tourne, et je ne suis qu’à la moitié de la balade.

La piste descend vers le plateau du cratère central, très reposant. Je me retourne plusieurs fois pour contempler le cratère derrière moi. La vue que l’on a de ce côté est tout à fait différente de l’autre versant.

Je m’attends maintenant à une longue descente jusqu’au parking. Après le cratère central, la piste monte une dernière fois assez raide mais pas longtemps (tant mieux, car j’en ai plein les pattes des montées qui me font  super mal aux hanches).

Dans mon esprit, j’avais quitté les lacs depuis un bon quart d’heure quand se présente sans prévenir le « Blue Lake ». J’en ai lâché mes bâtons de marche ! On peut dire qu’il porte très bien son nom et je suis resté là quelques minutes à contempler la surface de l’eau balayée par les rafales de vent.

Pour finir, j’ai repris mes bâtons et me suis attaqué à la dernière partie de la rando. La végétation reprend ses droits au fil du chemin. On voit très nettement la piste en contrebas qui file jusqu’à perte de vue. Aude m’a parlé de cette forêt qu’elle a attendu longtemps, car synonyme d’arrivée. Elle me l’a raconté, mais je n’arrive encore pas à croire qu’elle parle bien de cette forêt au loin, si loin !!

Et pourtant, le chemin descend, descend… pas extrêmement fort, mais sans arrêt. Au début je suis content d’avancer si vite. De toute façon mes hanches ne peuvent plus supporter les montées.
Mais au bout de quelques kilomètres, et de dizaines de marches d’escaliers, ce sont mes genoux qui n’en peuvent plus. Je serre les dents. Je me focalise sur le temps superbe, sur le paysage, sur ce que j’ai vu, mais vient un moment où chaque marche devient un supplice à descendre. Alors j’ai commencé à compter ces maudites marches. Quand j’ai dépassé les 400 au bout de quelques minutes j’en riais tout seul… Je me demandais comment j’allais terminer et ma démarche devais faire peine à voir, mais je ne m’arrête pas…

Après plus de 600 marches, le terrain devient plus plat et entre enfin dans la forêt. Inutile de vous dire qu’on est très – TRÈS – content de voir le parking d’arrivée avec quelqu’un qui vous y attend quand vous avez bouclé les 19 km de rando.

On passe la soirée à partager et comparer notre expérience. J’ai beaucoup de craintes sur mon état physique pour les jours à venir, mais je n’ai étonnamment ressenti aucune courbature, ni aucune douleur aux genoux les jours suivants… Quand je pense que j’ai des courbatures après avoir fait du jardin… j’hallucine un peu quand même 🙂

Je suis fier d’avoir bouclé cette rando en un peu moins de 7h avec un départ en mode escargot avec les filles. J’ai surtout savouré les sensations apportées par un trek de la sorte. Je recommande cette balade à quiconque pose les pieds sur cette île !


«

»

13 réponses pour “ Tongariro Alpine Crossing : Joueur 2 c’est parti ! ”

  1. Bravo Benoit…..

  2. Magnifique paysage !!! Cela donne envie de le découvrir par soi même .
    Les couleurs sont à couper le souffle et quasi « surnaturelles » : Bravo aux joueurs 1 & 2.
    Mantenant que nous avons vu le cratère, pour donner du pigment à notre ascencion : nous préférerions le mode éruption rendu au sommet ! En plus , cela facilitera la performance sportive !
    Bisous à tous les 4 .
    Florence & guy

  3. OBJAC

    Bravo Benoit vos 2 récits nous ont transporté bien loin de de chez nous !
    4 grosses bises

  4. ça c’est de la rando, et je m’y connais (un peu) !!
    paysages grandioses, magnifiés par l’écriture du reporter. à quand le bouquin ? 😉
    waouuhh, ça me donne envie de prendre un billet. J’avais fait la Réunion,, très différente, mais l’émotion doit être la même quand on traverse cette planète inconnue, brute, âpre, mais d’une rare beauté.
    Et le retour sur terre, c’est comment ?

    • C’est vrai que ce trek était un voyage dans le voyage. Arrivé en bas du volcan le cratère me manquait déjà. Je me suis beaucoup retourné pour le revoir.
      J’etais complètement disloqué en arrivant mais tellement ravi de ce que j’avais trouvé là-haut que j’avais hâte de partager ça avec Aude. Comme quand tu viens de voir seul un film qui t’as scotché 5 bonnes minutes à ton siège après que les lumières du cinéma se soient rallumées, tu as juste envie de trouver quelqu’un avec qui discuter.

  5. Bravo à nos 2 joueurs!! La revanche c’est pour quand? Lol
    Je savais que vous aviez des idées folles, mais celle là, fallait le faire!
    C’est absolument superbe, merci pour les photos. Je pense que vous en aurez un très beau souvenir de la nouvelle zélande.
    Prenez soins de vous quand même. Gros bisous à vous 4.

    • C’est indéniablement une étape majeure de notre voyage. Un jour qu’on marque d’une grosse croix et qui restera longtemps dans nous esprit.

  6. C’est fabuleux!!! Les mots me manquent … Ce qui est rare chez moi… fabuleux récits, on vit l’aventure avec vous…les photos sont hallucinantes… MERCI pour ce beau moment de partage…
    Je vous embrasse très fort tous les quatre…
    (Quoi même pas un petit commentaire sarcastique Sylvie? Tu mollis ma vieille… Ben oui mais j’ai été transportée!)

  7. Mais j’ai mis  » fabuleux récits » au pluriel, j’incluais lle tien, ma biche!

  8. Bravo les aventuriers ! On a bien ri en imaginant la tête du randonneur devant les cris de ben le solitaire!
    Bises

  9. Quel bonheur de voir ces magnifiques photos du Tongariro, cela donne envie de vous rejoindre. Ces paysages me rappellent les volcans de la Réunion.
    Même si la terre ne tourne pas très rond, cf les dysfonctionnements climatiques, elle tourne toujours, vous êtes déjà en 2016, nous sommes encore en 2015 alors bonne année et bonne route à vous tous.

Les commentaires sont fermés.